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Toujours à propos du Beitar Jérusalem

Ce qui sous-tend le hooliganisme des supporters du Beitar Jérusalem

Avec leurs remarques racistes, leur conduite et leur législation antidémocratique, les hommes politiques israéliens légitiment le phénomène appelé Beitar Jérusalem.

L’éditorial de Haaretz du 19 juillet 2015

Le comportement bestial des supporters de l’équipe de football Beitar Jérusalem FC en Belgique, jeudi dernier, ne devrait surprendre personne. Cette fameuse « poignée » de supporters (qui n’en est pas une, mais un large groupe de plusieurs milliers d’individus) a depuis longtemps pris le contrôle du club et en a fait l’otage de ses points de vue racistes en se livrant à des actions violentes que les autorités sont bien loin de sanctionner de quelque façon significative que ce soit.

drapeau kahane
Les supporters du Beitar ont entamé leurs déprédations dans les rues de Charleroi avec en face d’eux des supporters de l’équipe locale. Ils se sont rendus au stade même équipés de drapeaux du parti d’extrême droite Kach, un parti interdit. Ces drapeaux étaient fièrement arborés dans les tribunes, à côté des couleurs nationales israéliennes.

Dès le début du match, le jeu a été interrompu après que des dizaines de pétards et de fumigènes ont été lancés sur la pelouse. À la fin du match, les supporters ont lancé un objet qui a touché le gardien de Charleroi à la tête et l’a blessé. Rien de tout cela n’a empêché les joueurs mêmes du Beitar d’aller saluer ces racistes massés derrière le but et de les applaudir.

La ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev, s’est hâtée de dénoncer le comportement des supporters du Beitar en disant qu’ils « avaient sali un pays tout entier ». Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a également pris la peine de faire une déclaration : « Nous ne permettrons pas aux supporters du Beitar de nuire à l’image du pays ». Toutefois, le problème n’est pas l’image d’Israël dans le monde, mais le racisme ouvert tel qu’il est alimenté par ces mêmes personnages officiels, exactement, qui le condamnent aujourd’hui.

Netanyahu et Regev prêchent aux autres ce qu’eux-mêmes n’appliquent pas. Avec leurs remarques racistes (« Les Arabes s’agglutinent du côté des bureaux de vote »), leur conduite (en menaçant le financement des institutions culturelles arabes) et leur législation antidémocratique – si typique du gouvernement qu’ils dirigent – ils légitiment le phénomène appelé Beitar Jérusalem.

Ces dernières semaines, la section des sports de Haaretz a dirigé une campagne appelée « Jusqu’au moment où un Arabe jouera au Beitar ». Son but est de démanteler le mur du racisme qui a toujours caractérisé l’un des plus anciens clubs de football du pays, lequel, en 79 ans, n’a jamais jugé bon d’affilier un seul footballeur arabe.

Pourtant, plus on examine de près les raisons et motivations de la conduite raciste du Beitar, plus on a la nette impression que le problème tire son origine de l’attitude particulièrement laxiste des autorités à son égard – depuis la Fédération israélienne de Football Association jusqu’à l’administration de la ligue, ainsi qu’au niveau ministériel. En recourant à divers prétextes de tout acabit, ces institutions font le jeu du phénomène et lui permettent de subsister, que ce soit en fermant les yeux ou en se réfugiant dans des explications alambiquées ou évasives (« Aucun joueur arabe ne peut faire l’affaire sur le plan professionnel »).

Il est grand temps de cesser de parler d’image, d’« éducation », ou de « processus » et de se mettre à parler de démarches pratiques. En sus de sanctions sévères contre ses manifestations de racisme, il convient d’imposer au Beitar Jérusalem des délais très brefs pour engager des joueurs arabes – même au prix d’une confrontation majeure avec ses supporters. Au lieu de condamner, le temps est venu d’agir.

Traduction pour ce site : JM Flémal.

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